Isabelle Cornaro
partie I
GOD BOXES
mars 29 | avril 20
partie II
CELEBRATION
avril 24 | mai 11
CELEBRATION (2013)
Cette nouvelle installation vidéo, d’une durée totale de 5.45 min, est un triptyque où se
mélangent des images extraites d’animations de Walt Disney (Fantasia, Blanche-Neige,
Alice au pays des merveilles, La belle et la bête) et des images restantes, non employées au
montage, de films tournés en 16mm et transférés sur support vidéo (Floues et colorées,
2010 ; De l’argent filmé de profil et de trois quarts, 2010 ; Figures, 2011). Les sources
d'images hétérogènes sont imbriquées différemment dans les trois vidéos : en succession
linéaire, par superposition et incorporation, par soustraction chromatique.
Celebration montre, dans un montage rapide et systématique, des objets à valeur
symbolique et économique (objets décoratifs, objets d’apparat, pièces de monnaie) filmés en
plan fixe, avec des objets et des plantes animées de sentiments humains, dont l’hystérie est
accentuée par la démultiplication des lignes d’écho à leurs mouvements rapides ralentis ; le
moment, colorisé par intermittences, du « meurtre » de Blanche-Neige juxtaposé à une suite
de plans sur un groupe de champignons éclairés en nuit américaine ; des projections de
peintures et de lumières colorées fondues dans des paysages magmatiques, explosant à
répétition.
Comme les God Boxes précédemment présentées, cette nouvelle pièce développe plusieurs
problématiques déjà présentes dans nombre d’oeuvres d’Isabelle Cornaro, liées à la nature
et au statut du geste artistique, aux notions de fétichisation des objets, de figurabilité, et de
pouvoir de la représentation ; où s’opère un aller-retour du sujet à l’objet et de la forme à
l’informe.
GOD BOXES (2013)
Cette nouvelle série de sculptures, librement inspirée des Concept-tableaux d’Edward
Kienholz « God Box n. 1, n. 2, n. 3 » (1963), consiste en des boîtes fermées de « dimensions
proches de celles de l’Accumulateur d’Orgone de Willem Reich » (142 x 106 x 88 cm)
et partitionnées de compositions d’objets moulées en élastomère de polyuréthane. Les
structures sont en acier teinté et les panneaux, qui peuvent évoquer les bas-reliefs des
portes d’églises, indiquent un intérêt pour la production sérielle, la répétition et la différence :
il y a sept compositions de trois dimensions différentes, offrant autant de combinatoires
possibles.
« Le seul but de ce projet, disait Edward Kienholz, est de stimuler des réflexions sur les
religions organisées, ce qu’elles ont fait à la civilisation et pour elle ». Ici, il s’agit plutôt de
questionner les systèmes de croyances en général, le pouvoir de la représentation, ainsi que
les notions de figurabilité, de fétichisation et d’ornementation – problématiques qui sont déjà
présentes dans nombre d’oeuvres précédentes d’Isabelle Cornaro.
Le système de « lecture » des panneaux est construit sur plusieurs modes : linéaire
(enchaînements logiques, texte et figures), symétrique (éléments ornementaux), elliptique
(fragments, objets informes ou à demi-formés). Les God Boxes d’Isabelle Cornaro combinent
ainsi plusieurs régimes de représentation, ressortissant tantôt à la narration, à des systèmes
de correspondances formelles ou à une logique « entropique ».
Avec cette nouvelle série d’oeuvres, Isabelle Cornaro opère une synthèse des questions que
ses films, ses moulages en plâtre et ses installations d’objets adressaient depuis 2005,
amenant sa pratique à un dialogue avec des préoccupations à la fois « classiques » (les
régimes de représentation et les systèmes idéologiques qui les sous-tendent) et
« modernes » (la sculpture minimale des années 1960 et l’entreprise de réévaluation des
présupposés essentialistes qu’elle entreprend). S’engage, à travers ces objets, une
interlocution improbable et pourtant fluide entre un Robert Morris lorsqu’il réalise sa propre
version de la « Porte de l’Enfer » de Rodin, le rôle à la fois décoratif et structurel des
panneaux ornant les églises baroques et la reproduction d’objets quotidiens de
Fischli/Weiss…