Mostafa Sarabi: Supreme Baba
Dans les années 1990, la télévision iranienne diffusait un dessin animé japonais très populaire du nom de « La famille du docteur Ernest ». Une famille, dont le bateau a coulé en pleine mer alors qu’il se dirigeait vers l'Australie, trouve refuge sur une île. Là, ils n’ont besoin de personne et ne sont soumis à aucune règle sociale compliquée. Nous ignorons pourquoi la famille a décidé d'émigrer, mais nous savons que le Dr. Ernest se sent responsable de ces mésaventures.
Avec leur point de vue masculin, leur fantaisie et leurs couleurs venues d’Orient, les peintures de Mostafa Sarabi témoignent d’un état d’esprit similaire. Il créé son propre univers et cherche à protéger sa famille contre tout ce qui vient de l’extérieur. Cette posture trouve son origine dans un sentiment d'inquiétude et de crainte : la peur paternelle, construction sociale et familiale, il la dépeint avec un esprit critique qui lui permet aussi d’examiner ses propres ambitions.
Un homme (le peintre lui-même) est debout parmi les arbres avec deux femmes. Ils ne souhaitent pas se montrer intégralement, ou peut-être, veulent-ils simplement participer à la création d'un beau paysage. Nous apprécions cette peinture, mais nous ne découvrons pas la relation de ce groupe avec le peintre. Ou bien ne nous autorise-t-il pas à la découvrir.
Le peintre peint ce qu’il souhaite et pourtant nous ne voyons toujours pas la réalité. Il nous montre une forme de relation et nous laisse libre de toute interprétation.
Sarabi est un peintre de famille : il peint souvent le temps qu’il passe avec sa femme et son enfant. Il peint ce qui lui appartient ou ce à quoi il appartient. Il ne cherche ni l'image ni ce qu'il voit et marque son propre territoire à travers ses peintures. Partout où il met un individu ou une créature dans son travail, il se les approprie. Un petit royaume de trois personnes qui dessine une frontière intime.
Et nous ne pouvons pas aller au-delà des compositions qu’il créé dans ses tableaux, même si on le souhaite. L'horizon de la peinture ne va pas au-delà des silhouettes esquissées sur ses toiles. Comme beaucoup d'hommes iraniens, il essaie de rester fort même lorsqu'il est dans un état de grande fragilité. Cette posture est peut-être aussi un prétexte pour prendre soin de lui-même.
Sur une autre toile, il a peint un loup vieux, laid et drôle. Il se souvient que, enfant, il jouait avec un chien sur lequel les gens se sont mis à jeter des pierres. Il a fini par se rendre compte que ce chien était en fait un loup. Depuis, le loup est resté un signe de chance dans ses tableaux.
Il a peint une jument enceinte qui mord un soleil représenté telle une orange pour évoquer sa mère, qui était la fille d'un seigneur féodal. Même si l’on connait quelques détails de sa vie, il reste toujours difficile de saisir le sens des tableaux de Sarabi.
Les femmes en burqa debout les unes à côté des autres constituent une identité homogène. Il est difficile de les reconnaître. Le passé de Mostafa Sarabi peut aider à comprendre de quoi il est question ici : très jeune, il a été séparé de sa mère dans un bazar animé et a pris, par erreur, la main d'une autre femme. Cela lui est arrivé plusieurs fois et, dès lors, ces femmes apparaissent souvent dans ses peintures.
La mémoire, l'histoire et la famille sont des éléments inséparables de la vie iranienne. Nous répétons un souvenir encore et encore et nous prenons plaisir à l'entendre chaque fois. De la même manière que nous répétons l'histoire et ses erreurs encore et toujours.
Texte de l'artiste Shabahang Tayyari
Traduit du Farsi par Amin Moghadam
Artiste de l'exposition
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